vendredi 19 septembre 2008

L'école maternelle en danger

Le ministre, Xavier Darcos, vient d'attaquer grossièrement les enseignants de maternelle. Au-delà cela pose la question de cette singularité française qui, en l'occurrence, est enviée par tous nos voisins. Dans le Monde de ce jour, Eric Maurin, professeur à l'Ecole d'Economie de Paris, montre les répercussions de la suppression de l'école à 2 ans (qui est déjà actée dans notre ville, sauf quelques exceptions). Invitation à la réflexion à partir d'une vaste étude.

Le Monde : Après avoir longtemps été une fierté, l'accueil des enfants de 2 à 3 ans à l'école maternelle est aujourd'hui attaqué de toutes parts sur des bases extrêmement fragiles. Elle serait à la fois dangereuse pour les enfants et coûteuse pour notre système éducatif.

Eric Maurin : La vraie question n'est jamais vraiment posée : par quoi serait-elle remplacée et ces solutions seraient-elles vraiment meilleures pour les enfants et moins coûteuses pour la société ? Nous avons mené une étude qui aboutit à un diagnostic bien plus nuancé que les caricatures aujourd'hui en cours.

Le Monde : Que démontre cette étude disponible - en anglais - sur le site du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap) ?

Eric Maurin : Lorsqu'ils ne sont pas à la maternelle, les enfants de 2 ans sont dans leur très grande majorité chez leurs parents ou bien chez une assistante maternelle, beaucoup plus rarement en crèche. Etant donné les aides publiques, ces modes de garde alternatifs sont en fait en moyenne plus coûteux pour la société que l'école maternelle. On peut évaluer que chaque enfant supplémentaire accueilli en maternelle représente une économie pour la société d'environ 2 500 euros. L'école maternelle sollicite moins d'adultes par enfant pour un coût plus faible.

Le Monde : Ce manque de moyens nuit-il, plus tard, aux performances scolaires des enfants qui ont été scolarisés dès l'âge de 2 ans ?

Eric Maurin : Etant donné la priorité donnée aux enfants nés en début d'année, il existe de très fortes variations de scolarisation à 2 ans selon la région de résidence et le mois de naissance de l'enfant. Si la maternelle à 2 ans nuisait aux enfants comme on l'entend aujourd'hui dire partout, on devrait constater un déficit de performance dans le primaire, voire dans le secondaire, pour les enfants nés au mauvais moment et au mauvais endroit. On ne constate en réalité rien de tel. Nous avons procédé à une analyse approfondie des évaluations nationales de CE2 des générations nées entre 1991 et 1994 ainsi que des informations très exhaustives sur les trajectoires scolaires contenues dans les recensements de la population. Le diagnostic ne souffre aucune ambiguïté : les performances scolaires sont rigoureusement similaires chez ceux qui ont été à la maternelle dès 2 ans et chez ceux que leurs parents ont gardés jusqu'à 3 ans. Avec 25-30 enfants par classe, les maîtresses de maternelle, aujourd'hui si décriées, font finalement aussi bien que les mères et les assistantes maternelles.

Le Monde : La maternelle à 2 ans favorise-t-elle le retour à l'emploi des mères ?

Eric Maurin : La possibilité d'inscrire son enfant en maternelle dès 2 ans offre effectivement une bouffée d'oxygène à nombre de mères, notamment les mères isolées, souvent en difficulté socialement et avec très peu de moyens pour faire garder leurs enfants. Pour les mères seules, nous évaluons qu'offrir 100 places supplémentaires en maternelle à deux ans permet en moyenne le retour à l'emploi de 25 femmes supplémentaires. L'effet est plus particulièrement fort dans les régions où les assistantes maternelles sont rares. Supprimer l'école maternelle gratuite à 2 ans serait aujourd'hui une catastrophe économique pour des milliers de femmes et d'enfants pauvres.

vendredi 5 septembre 2008

Rentrée scolaire : attention nouveautés !

Ecole République

Finis les espoirs et les angoisses, bonjour la réalité.

Après une semaine de cours, on peut faire sur Bourg la Reine un premier bilan plutôt satisfaisant : tout s’est bien passé, y compris pour les professeurs qui n’étaient pas encore nommés et qui l’ont été juste à temps. Seul point noir, certains parents ont été affectés à des écoles très éloignées de leur domicile. Les parents d’élèves élus, exclus de la commission de dérogation, n’ont pas d’explications.

Reste qu’il faudra cette année encore être très vigilants : la réforme de l’école primaire lancée par le gouvernement prévoit la réorganisation du temps scolaire (la semaine de 4 jours devient la règle, alors même que c’est l’aménagement le moins satisfaisant quant au respect des rythmes de vie et d’apprentissage de l’enfant), la relégation des heures dédiées au soutien hors du temps scolaire (une partie des 3 heures du samedi matin sont réaffectées en 4 demi-heures, de 8h20 à 8h50, pour accueillir les élèves en difficulté « volontaires »), et la réécriture des programmes (retour à une école d’antan, avec sacralisation de la dictée, de la répétition et de la crainte du maître, pseudo recentrage sur les fondamentaux remettant en cause les enseignements artistiques, culturels et scientifiques).

Suppression de postes, alourdissement des programmes et réduction du temps scolaire, manque de moyens alloués au RASED (Réseau d’Aide et de Soutien aux Elèves en Difficulté) … : comment imaginer que ces mesures puissent contribuer à réduire les inégalités et à répondre à l’objectif affiché de recul de l’échec scolaire ?

Pour plus d’informations sur l’école de votre enfant ou pour contacter les fédérations de parents d’élèves, consultez les panneaux d’affichage à l’entrée des écoles.

A noter dans vos agendas : le 24 septembre –> première journée du refus de l’échec scolaire, organisée avec l’AFEV (www.refusechecscolaire.org) et les 17/18 octobre –> élections des représentants des parents d’élèves.