mardi 30 septembre 2008
La crise et le syndrome de Tchernobyl
Par Denis Peschanski, mardi 30 septembre 2008 à 09:23 :: Finances
Rappelez-vous : en 1986 le nuage radioactif de Tchernobyl s'était miraculeusement arrêté à la frontière française. Jusqu'il y a quelques jours, c'est le discours que nous avons entendu de la part de nos gouvernants. Encore à la mi-août la ministre de l'économie nous annonçait que la crise était derrière nous : la France ne serait pas touchée par la contagion des "subprimes". Des mois durant on nous a vanté la solidité du système bancaire français et la capacité de résistance de "l'économie réelle", celle de nos industries en particulier.
Il serait idiot de minimiser le rôle de la crise mondiale dans la crise française. Pour autant, on attendait deux choses du gouvernement Fillon et de l'hyperprésident Sarkozy : un bon diagnostic, qui mesure les dégâts et permette d'anticiper un minimum les scénarios de crise, et des mesures en conséquence qui prennent en compte les exigences de la justice sociale et de l'équité. Pourquoi ? Non seulement parce que c'est juste, moralement et socialement. Mais parce que c'est indispensable économiquement. On ne rétablit pas la confiance sur l'inégalité.
Le bouclier fiscal (pour les plus riches) devait nous apporter la croissance. La surveillance accrue des chômeurs devait permettre une baisse du chômage "réel". Les franchises médicales devaient conduire à un rétablissement des comptes de la sécurité sociale. Faites vous-mêmes le bilan: avec un trimestre en décroissance, la France approche de la récession ; il faut remonter à 1993, il y a 15 ans, pour trouver pareille augmentation du chômage en un mois ; on annonce un déficit abyssal de la sécurité sociale. Dans le même temps, le candidat qui s'annonçait comme "le président du pouvoir d'achat" a fait ses preuves. Pour l'essentiel, les mesures qu'il a prises ont d'abord profité aux plus riches ; pour eux, d'une certaine façon, la promesse a été tenue. Et à quel prix pour tous les autres !
Une simple rappel : tous les chiffres catastrophiques qui sont sortis ces dernières semaines sont antérieurs à l'effondrement des marchés financiers. N'en ajoutant donc pas sur l'impact de la crise américaine qui est encore devant nous pour beaucoup. Une simple constatation : en vidant les caisses en 2007-2008 par une politique aussi aventureuse économiquement qu'injuste socialement, le président de la République s'est privé de marges de manoeuvre budgétaires pour faire face, aujourd'hui, à une crise d'une exceptionnelle gravité.
Et la politique locale dans tout cela ? On ne peut, déjà, se désintéresser du sort de tous nos concitoyens, et donc de la politique nationale. Mais, en outre, les villes sont touchées. Pourquoi ? Depuis un an, le gouvernement a multiplié les mesures de désengagement de l'Etat en chargeant toujours davantage le fardeau des collectivités territoriales. Les marges que l'Etat perd par sa politique nationale, il essaie de les retrouver sur le dos de ces collectivités et, au bout du compte, sur le dos des contribuables. Si ce n'est que - coup de passe-passe - il pourra toujours dire que ce sont elles qui portent la responsabilité de l'augmentation des impôts. Un exemple : le Fonds de compensation de la TVA (voir le papier sur le FCTVA d'il y a quelques jours). En un mot: jusqu'à ce jour les communes se voyaient rembourser la TVA sur les investissements (c'était logique: ces investissements étaient payés par les impôts locaux); en deux ans, la réforme prévoit qu'elles ne seront plus remboursées. Un autre exemple : on veut supprimer définitivement la taxe professionnelle. De fait, cet impôt local était pour le moins discutable. Mais qu'est-il prévu pour compenser ce manque à gagner (pour les communautés de commune, et par ricochet pour els communes) ? J'ajouterai une mesure, particulièrement cynique, même si elle ne touche pas notre ville : l'Etat vient de redéfinir les critères d'attribution de subventions aux communes ayant des "quartiers sensibles". Résultat : des dizaines de villes de la région, dont note voisine Bagneux, se voient privées de ce soutien.
Face à ce désengagement systématique, les maires ont réagi. L'Association des Maires de France, toutes couleurs politiques confondues, a protesté. Le maire de Fontenay-aux-Roses, le socialiste Pascal Buchet, a souhaité que chaque conseil municipal du 92 se prononce officiellement contre le désengagement de l'Etat sur la question concrète du FCTVA. Le maire aurait pu profiter du conseil municipal du 24 septembre dernier pour proposer une motion. Plus encore, il aurait pu fournir toute information utile aux citoyens sur l'impact budgétaire de ces mesures pour la ville. Ce débat s'impose. La victoire (très étriquée) aux élections ne vaut pas délégation de pouvoir. La démocratie n'est pas compatible avec l'opacité.





