On parle budget ? L'exercice est compliqué car les colonnes de chiffres découragent souvent les meilleures volontés. Essayons cependant car l'enjeu est évidemment essentiel.

1. Fin mars, chaque année, nous avons à voter le budget prévisionnel pour l'année qui commence. Fin juin, nous avons à nous prononcer sur le "compte administratif" de l'année précédente, à savoir le résultat effectif, le réalisé. Nous avons donc examiné en mars le budget 2008 (BP) et nous venons d'examiner, ce 25 juin, le compte administratif 2007 (CA). Le CA 2007 serait donc à comparer au BP 2007 pour mettre en parallèle le prévisionnel et le réalisé; il peut l'être aussi au BP 2008 pour savoir si les prévisions qui ont suivi sont réalistes.

2. Le CA 2007 distingue, comme le budget, une section de fonctionnement et une section d'investissement et, pour chacune des sections, des recettes et des dépenses.

3. Prenons la section de fonctionnement. Sur un total d'environ 19 millions d'euro, nous apprenons que le résultat de 2007 dégage un excédent d'1 million d'euro. Qui se rajoute aux 2 millions d'euro d'excédent reporté des années précédentes. Si l'on compare aux prévisions, donc au budget 2007 (BP), on constate que les dépenses sont inférieures aux prévisions et que les recettes sont supérieures aux prévisions. Côté recettes, il s'agit en particulier du produit des impôts et des taxes. Comme l'excédent cumulé montre que ce n'est pas nouveau, le maire et son équipe augmentent indûment les impôts des réginaburgiens.
Plus grave encore : si l'on compare le BP 2008 et le CA 2007, on constate que le produit des impôts et des taxes prévu pour 2008 (14 143 444 euro) est déjà équivalent, voire un peu inférieur, à celui réalisé en 2007 (14 152 245 euro). En d'autres termes: alors que le taux des impôts a augmenté sensiblement (voir notre analyse du BP en mars), on prévoit ... que ces impôts rapporteront moins en 2008 qu'en 2007 ! C'est évidemment absurde. Il n'y a qu'une solution : les recettes du budget 2008 ont été sous-estimées, de même que les dépenses ont été sur-estimées. Comme un budget doit toujours être présenté en équilibre, il faut toujours aligner des recettes en face des dépenses. Si les dépenses sont surestimées et si les recettes sont sous-estimées, il faut augmenter les recettes en augmentant les impôts.
C'est ce qu'on appelle en comptabilité "l'insincérité des comptes". L'expression a choqué plusieurs conseillers de la majorité lors du conseil du 25 juin, car ils y voyaient une atteinte diffamatoire à leur intégrité. Le vocabulaire juridique est ainsi fait. Le CA 2007 a démontré que, dans la section fonctionnement, les recettes du BP 2007 étaient sous-estimées et que les dépenses y étaient sur-estimées. Plus grave encore : alors que le maire savait fin mars, en grande masse au moins, ce qu'avaient rapporté les impôts et taxes en 2007, il a annoncé au BP 2008 une prévision, augmentation comprise, très inférieure à ce qui sera d'évidence réalisé. C'est ce qu'on appelle une présentation "insincère" des comptes.

4. Que faire de cette excédent de la ligne "fonctionnement" ? 1 Million est versé en recettes d'investissement. 2 millions sont reportés en recettes de fonctionnement. Garder une petite marge, soit, mais là c'est beaucoup. Faire l'inverse (affectation majoritaire en investissement) permettrait de réduire l'endettement. Car la dernière année qui a précédé les élections a vu l'endettement croitre de façon spectaculaire : alors que depuis trois ans le remboursement de la dette pèse pour environ 53 à 55 euro par habitant, il monte à 81 euro au budget 2008.

5. La section d'investissement révèle d'autres surprises. Elle ne justifie en rien, en tout cas, l'augmentation de l'endettement dans les proportions où elle existe. Non seulement elle dégage un excédent cumulé de 1 407 000 euro, mais, en 2007, elle a dégagé un excédent supplémentaire de près de 500 000 euro. Reprenons le même principe, à savoir comparer le réalisé (CA 2007) au prévu (BP 2007) : on note un décalage spectaculaire dans les dépenses d'équipements (plus de 12 millions prévus et moins de 6 millions réalisés !). Nous avions demandé en mars un plan pluriannuel d'investissements où les dépenses d'investissement seraient, évidemment, calées et recalées en fonction des retards éventuels. Nous ne nions pas qu'il y ait eu des investissements lourds (comme la réfection du stade ou de l'Agoreine); nous constatons qu'il n'y a pas de programmation budgétaire et comptable.
Pas besoin d'être un expert-comptable pour comprendre que ce solde, et les possibilités données par le fonctionnement augmentent les marges d'autofinancement et donc devraient permettre soit de baisser les impôts, soit de limiter le recours à l'emprunt, soit de financer des besoins non couverts.